Rubrique : NOUVEAU

Date : 22/10/2010

La contribution de la culture à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale : Colloque international de la Présidence belge, 17,18 et 19/2010, Bruxelles

Ce colloque s’inscrit dans le contexte de l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale qui vise à sensibiliser le public au phénomène de la pauvreté et renouveler l’engagement des Etats membres et de l’UE sur la question. Dans un contexte de crise économique qui laisse un européen sur six en marge de la société, la lutte contre la pauvreté doit être une préoccupation essentielle des politiques publiques: une des initiatives phares de la stratégie UE 2020 consiste ainsi en la mise en place d’une « Plateforme contre la pauvreté », héritage de la présente année européenne. Cette plateforme a pour objectif de garantir une cohésion sociale, économique et territoriale en aidant les plus démunis et en leur permettant de participer activement à la société. Ce colloque avait pour but de clarifier et de structurer les formes et les apports de la culture dans la lutte contre la pauvreté. Il servira à conforter les positions sur le sujet que la Présidence belge déposera au Conseil des ministres de la Culture de l’UE le 18 novembre 2010.

Les débats, qui ont rassemblés professionnels du secteur culturel et associatif, membres de la Commission européenne, décideurs politiques, chercheurs et enseignants, se sont axés autour des grands thèmes suivants :

Quel rôle pour la culture dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale ?
La lutte contre la pauvreté n’est pas le rôle initial de la culture, et il est clair qu’elle ne peut remédier seule aux inégalités. Il faut toutefois reconnaître et utiliser son rôle d’émancipation individuelle et collective, de vecteur de cohésion sociale, d’amélioration de la qualité de vie des plus marginalisés et d’encouragement aux actions citoyennes. En permettant d’accéder aux références d’une société, elle favorise également l’intégration sociale. Enfin, la culture joue un rôle important dans le développement de capacités (innovation, créativité, esprit d’initiative, etc.) qui apportent une véritable valeur ajoutée sur un marché du travail où les secteurs de l’intelligence et des services prennent une place de plus en plus importante.
Les politiques publiques peuvent développer ce rôle de deux façons :

Améliorer  l’accès à la culture des populations défavorisées
Les classes les plus pauvres rencontrent de nombreux obstacles à l’accès à la vie culturelle (manque de racines culturelles, peu de familiarité avec le monde culturel, revenus insuffisants, manque de temps, etc.). Une politique socio-culturelle efficace doit prendre en compte ces facteurs en mettant l’accent sur plusieurs axes :
-      l’accessibilité des prix de manifestations culturelles à tous les revenus : la barrière financière est le principal obstacle à l’accès à la culture. Plusieurs exemples de solutions ont été présentés, comme le « Kulturpass », qui existe notamment en Autriche et au Luxembourg : il s’agit d’un billet d’accès à prix très réduit pour une manifestation culturelle (c’est le centre culturel lui même qui supporte le coût du billet) fourni aux plus démunis ou aux jeunes par une association sociale financée par la ville.
-      l’adaptation de l’offre culturelle aux spécificités des différents groupes sociaux (plages horaires, offre, etc.) : dans une société vieillissante, l’offre culturelle doit pouvoir s’adapter afin d’être accessible aux personnes âgées, par exemple.
-      la décentralisation de l’offre, de façon à faciliter l’accès géographique à l’offre culturelle (banlieues, campagnes, etc.).
-      la sensibilisation du public : l’accès à la culture passant avant tout par une éducation continue, multiplier l’offre ne suffit pas. Il est essentiel de mettre en œuvre des politiques de communication et de sensibilisation du public, par exemple en ne limitant pas les manifestations culturelles à des espaces spécialisés, mais en les « amenant » au public (utilisation des espaces publics comme la rue, travail autour de courants culturels alternatifs, etc.). L’importance d’une offre culturelle « accueillante » a été soulignée à plusieurs reprises au cours du débat. En ce sens, l’accompagnement à long terme des écoles et des centres de formation est également essentiel pour assurer un accès de tous aux technologies et à la créativité et réduire la fracture numérique.
-      la politique urbaine : la diversité des populations urbaines conduit généralement à la fragmentation de ces groupes en quartiers et à l’exclusion des plus démunis. La politique urbaine doit prendre en compte ce facteur dans le domaine culturel en encourageant la mobilité des citoyens et en permettant la diffusion de la créativité y compris dans les zones les plus marginalisées.

Développer la participation culturelle de ces populations
En encourageant la participation et la production culturelle des populations défavorisées, des politiques adaptées peuvent stimuler leurs capacités d’action et de changement et leur faire accéder à un véritable sentiment de reconnaissance sociale et de citoyenneté, indispensable à la cohésion sociale.
Ces politiques peuvent passer par :
-      l’appui de l’éducation non formelle et l’activation de ses ressources.
-      Un développement de l’accompagnement et de la formation des individus les plus démunis.
-      de meilleurs liens entre la culture et les entreprises de façon à mieux associer culture et créativité professionnelle.
Parmi les exemples développés, Mme Young, consultante et ancienne directrice de la culture au Grand Londres, a cité l’exemple d’un programme britannique proposant des formations de danse à des jeunes délinquants. Le taux de récidive chez ces jeunes est passé de 84% (pour des jeunes en centre de détention traditionnel) à 7% (pour les jeunes bénéficiant du programme culturel).

Autres thèmes abordés :

Dialectique reconnaissance/intégration
Ces deux axes illustrent le conflit fondamental sur lequel reposent les politiques culturelles : encourager l’accès à la culture des populations marginalisées (souvent immigrées, porteuses d’une culture différente que la culture nationale) permet de favoriser leur intégration, mais se caractérise par une certaine violence puisqu’elle consiste en un rejet de leurs cultures propres. Au contraire, encourager ces populations à développer et manifester leurs cultures individuelles favorise leur sentiment de reconnaissance, mais entérine leur différenciation et peut être à l’origine de conflits.
L’uniformisation comme la fragmentation culturelle créent des appels d’air pour les fondamentalismes et les extrémismes. C’est donc précisément le rôle des politiques culturelles de prendre en compte ces deux axes et de les combiner afin d’encourager le dialogue social.


Mise en œuvre politique
Le colloque a permis de souligner l’insuffisance des bases législatives et de programmation à long terme en matière de politique culturelle, que ce soit au niveau européen, national et régional. Les intervenants ont appelé à une législation plus développée.
La méthode ouverte de coordination, un cadre de travail volontaire entre les Etats membres qui repose sur des objectifs communs et la mise en place de Plans d’action nationaux et de rapports, peut être un outil pour l’élaboration de telles politiques. Les intervenants ont toutefois attiré l’attention sur le fait qu’il n’existait pas de véritable vision politique des liens entre culture et lutte contre la pauvreté. Il est essentiel que la participation au secteur culturel soit abordée dans l’élaboration de politiques de protection et d’intégration sociale.
Un appel a été lancé pour une implication de tous les niveaux de gouvernance. En effet, seule une implication intégrée et plurielle, adaptée à la diversité des groupes concernés, garantira la réussite de telles politiques. De par sa proximité avec les citoyens et sa capacité à prendre en compte les spécificités des différents groupes sociaux, le niveau local et régional (avec notamment l’utilisation du Fonds Social Européen (FSE) et le développement de politiques urbaines de cohésion sociale), représente un acteur clé pour la création de liens entre culture et intégration sociale.
Enfin, les intervenants ont insisté sur l’importance de l’évaluation de l’impact de la culture sur l’intégration sociale, par des indicateurs appropriés, pour la mise en œuvre de politiques solides et durables.   


ACTUALITE:

Le Conseil Education, Jeunesse, Culture et Sport a adopté le 18 novembre des conclusions sur le rôle de la culture pour l’inclusion sociale et dans la lutte contre la pauvreté  dans lesquelles il invite les Etats membres et la Commission à promouvoir la dimension transversale de la culture, à renforcer les liens entre l’éducation, la formation et la culture et à mobiliser la culture en faveur de l’inclusion sociale. Il demande aux Etats membres d’encourager l’information, la sensibilisation et l’accès à la culture, de favoriser le développement de nouvelles technologies et de développer l’offre culturelle. Ils sont pour cela invités à utiliser les fonds structurels dans le cadre d’une mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement et de la Stratégie UE 2020.


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