Rubrique : Energie
Date : 05/02/2009
Semaine de l’énergie durable : Vers des logements énergiquement efficaces : de CONCERTO à EIE
Vincent Berrutto, Agence exécutive pour la compétitivité et l’innovation (EACI)
L’énergie dans les bâtiments représente 40% des dépenses énergétiques en Europe, or il y a un potentiel de 30% d’économie d’énergie dans ce secteur, il faut donc libérer ce potentiel.
L’UE soutient un grand nombre de projets dans le cadre de 2 programmes :
- CONCERTO fait partir du 7° Programme cadre pour la recherche et le développement (PCRD). Ce programme soutient des partenariats qui adoptent des approches intégrées pour améliorer l’efficacité énergétique. Il y a aussi toute une partie sur la recherche, la formation et le suivi. CONCERTO concerne aujourd’hui 45 communautés dans 15 pays.
- Energie intelligente pour l’Europe (EIE) est un programme plus proche du marché, il n’est pas vraiment axé sur la recherche et soutient l’utilisation des types d’énergie déjà disponibles. Ce programme est divisé en 3 thèmes : efficacité énergétique, énergies renouvelables et énergie dans les transports. Ce programme finance 400 projets dont 68 sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments (1/3 pour le logement social). Un nouvel appel à proposition sera lancé en mars 2009.
Opportunités et défis dans le secteur résidentiel
Adrian Joyce, Conseil des architectes d’Europe
Quels sont les impacts des bâtiments en Europe :
- 50% des matières extraites des sols ;
- 35% des gaz à effet de serre ;
- 40% des déchets produits en poids.
Le logement, public ou privé, représente le plus grand potentiel d’efficacité énergétique. Les connaissances en matière d’efficacité énergétique dans les bâtiments existent. Il n’y a pas vraiment de problème pour les nouveaux bâtiments, le potentiel se trouve surtout dans les anciens.
Il faut accroître la formation sur ces nouvelles techniques encore trop inconnues des professionnels et adapter les constructions aux conditions climatiques locales.
Pour changer les comportements, il faut accroître l’information et l’incitation plutôt que la sanction.
A ce titre, la prolifération des labels n’est peut être pas une très bonne chose dans la mesure où elle embrouille le citoyen.
Principales améliorations proposées par la refonte de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD : Energy performance in buildings directive)
Martin ELSBERGER, Unité « efficacité énergétique », DG Transport et Energie, Commission européenne
Le 13 novembre 2008, la Commission a proposé une refonte de la directive de 2002 sur la performance énergétique dans les bâtiments. Cette refonte est motivée par plusieurs éléments : le changement climatique, l’augmentation et la volatilité des prix de l’énergie, la dépendance énergétique de l’Europe et la crise économique. Sur ce dernier point, les mesures établies par la Commission pour lutter contre cette crise vont permettre de faire financer l’efficacité énergétique dans les bâtiments par le FEDER.
En terme d’efficacité énergétique, le secteur du bâtiment représente un potentiel énorme. 40% de l’énergie utilisée en Europe l’est dans les secteurs résidentiel et tertiaire, cela représente 36% des émissions de CO2 en Europe.
La directive EBPD telle qu’adoptée en 2002 a déjà mis en place certaines mesures très positives :
· Une méthode intégrée pour évaluer les performances énergétiques des bâtiments ;
· Des standards minimum d’efficacité énergétique pour les nouveaux bâtiments et ceux rénovés ;
· Des certificats de performance énergétique pour les bâtiments ;
· Des inspections régulières des systèmes de chauffage et de climatisation.
La refonte de la directive EPBD maintient ses obligations tout en les clarifiant et en les améliorant. Certains détails ont aussi été modifiés afin que les Etats membres puissent mettre en œuvre le texte dans le respect de la subsidiarité et de la faisabilité économique.
La proposition de refonte apporte plusieurs modifications au texte de 2002 :
· Le seuil de 1000 m2 a été éliminé pour les bâtiments existants lors d’une rénovation ;
· Le rôle et la qualité des certificats énergétiques et des inspections ont été renforcés ;
· Le secteur public est poussé à agir de façon exemplaire afin d’encourager la démarche ;
· L’entrée sur le marché des constructions « zéro carbone et énergie » est stimulée (maisons passives).
Cette mesure doit avoir pour conséquence d’économiser 5 à 6% de la consommation totale d’énergie européenne, diminuant par conséquent de 5% les émissions de CO2. Elle doit aussi permettre la création de nombreux emplois (entre 280 000 et 450 000)
Ces mesures seront soutenues par le programme « Energie intelligente pour l’Europe », par la plateforme EPBD de la Commission et par le plan de relance économique de la Commission.
Texte de la proposition et information sur la procédure concernant la directive EPBD :
http://www.europarl.europa.eu/oeil/file.jsp?id=5716032
Transmettre la bonne information et la bonne connaissance
Jan Barta, Centrum Pasivniho Domu (Réseau tchèque de maisons passives)
Projet PASS NET (EIE) :
Ce projet concerne les maisons passives : une maison passive est une maison très bien isolée qui consomme 90% d’énergie en moins par rapport à une maison normal. Cela représente de grands atouts en terme de coûts, de confort et d’impact environnemental.
Le projet PASS NET a pour but de mettre en réseau des réseaux déjà existant sur ce thème dans différents Etats membres. 10 sont déjà concernés et 6 ont montré un intérêt. Le but est aussi de créer des réseaux dans les Etats membres qui n’en possèdent pas encore.
Le projets poursuit différents objectifs :
- Promotion des maisons passives ;
- Création de nouveaux réseaux nationaux ;
- Formation des professionnels ;
- Accroître la prise de conscience de l’utilité de ces constructions ;
- Diffuser les bonnes pratiques ;
- Rénovations d’anciennes maisons.
Cette mise en réseau est très utile et efficace. Par exemple, on constate une fréquentation de plus en plus importante des manifestations organisées sur le thème de la maison passive.
Promouvoir une approche intégrée
Brigitte Bach, CONCERTO Plus, Arsenal research, Vienne
Les processus de développement urbain sont très complexes dans la mesure où ils font intervenir de nombreux acteurs : autorités locales aux structures souvent complexes, architectes, ingénieurs, banquiers, fournisseurs d’énergie,…
Tous ces acteurs ne parlent pas le même langage, si bien que les processus de constructions de bâtiments sont très compartimentés.
L’initiative CONCERTO vise justement à mettre en place une approche intégrée en réunissant tous ces acteurs et en les faisant travailler ensemble tout en mettant en avant les aspects écologiques sociaux et économiques. Il faut toujours rechercher des mécanismes innovants de planification et de mise en œuvre intégrant tous ces acteurs. De plus, ces innovations sont renforcées et prolongées dans le cadre de CONCERTO au travers de la recherche, de la formation, du suivi et de l’évaluation. CONCERTO permet donc d’aider à atteindre les objectifs fixés par l’UE des 3x20 pour 2020.
De plus, les solutions apportées par les communautés CONCERTO sont très larges dans la mesure où :
§ Les projets s’axent à la fois sur des problématiques environnementales, mais aussi socio-économiques ;
§ Les locataires sont aussi intégrés et doivent évaluer leur consommation d’énergie ;
Changer les comportements
Françoise Bartiaux, Université catholique de Louvain
Projet IDEAL EPBD (EIE) :
Ce projet regroupe 10 Etats membres et a pour but d’étudier le comportement des propriétaires par rapport aux certificats énergétiques.
Les première études menées au Danemark et en Belgique montrent que les ménages ne sont absolument pas rationnels lorsqu’il rénovent leur logement. Si, au Danemark, les gens connaissent globalement les labels énergétiques, ceux ci n’influencent pas l’achat ou non d’une maison, tout au mieux servent-ils à en négocier le prix. En Belgique, ces labels sont souvent mal connus et mal compris. De plus, les propriétaires se contentent souvent de mauvaises notes, tant que leur note n’est pas la plus basse, ils trouvent aussi des excuses en expliquant que les tests ne sont pas adaptés à leur logement,… Pour les 2 pays, on constate que si la confiance envers les experts semblent s’accroître, les propriétaires ont systématiquement tendance à réinterpréter leurs résultats.
Au final, on constate que les conseils promulgués pour la rénovation d’un logement, même lorsqu’ils sont acceptés, sont trop rarement mis en œuvre. En effet, les propriétaires font passer bien avant leurs désirs esthétiques ou de confort et veulent rester maîtres de leur rénovation. De plus, un investissement lourd au départ est souvent difficile à réaliser, même avec un perspective d’économie sur le long terme. La mise en œuvre de ces conseils est aussi influencé par la pression sociale. Les gens qui construisent ou rénovent leurs maisons ne veulent parfois pas montrer qu’ils cherchent à faire des économies et donc ne pensent pas vraiment en terme d’économie d’énergie. Finalement, on constate que le label écologique de son logement n’est pas une motivation lors de la construction ou de la rénovation de celui ci.
Les premiers résultats du projets montrent donc que les labels écologiques doivent être enseignés et expliqués, ils n’ont pas d’effet en soi. De plus, pour être mis en œuvre, les conseils d’experts énergétiques doivent être entendus et compris, ils doivent renforcer l’amour propre pour que le propriétaire ait l’impression de faire ce choix de lui même, ils doivent enfin être corroborés par des personnes de confiance afin d’être socialement acceptables.
Le projet IDEAL EPBD ne fait que commencer, nous souhaitons continuer d’évaluer les résultats de la directive EPBD dans d’autres pays, aussi bien sur les acteurs publics que privés.





